PROJECT 2/ SCIENCE AND EMPIRE

Internationalizing Colonial Knowledge. Edgar Barton Worthington and the Scientific Council for Africa, 1949-1955

This projet is supported by the Swiss National Science Foundation under the scheme « Scientific Exchanges ». Research will be carried out at the Faculty of History of Oxford University (Centre for Global History) in January-February 2020.

Abstract in French

Les travaux consacrés à l’histoire des « sciences coloniales » et à la recherche scientifique en contexte colonial se sont essentiellement focalisés sur des espaces impériaux singuliers, sur des disciplines académiques spécifiques et leur enseignement, ou encore sur des institutions de recherche bien précises. Prolongeant le champ de recherche ouvert par mon projet Ambizione, cette recherche souhaite aborder un aspect encore méconnu de cette histoire, à savoir la coopération scientifique qui s’établit à l’échelle intercoloniale en Afrique subsaharienne après la Deuxième Guerre mondiale. Le projet se focalise sur une institution centrale dans ce processus : le Conseil scientifique pour l’Afrique au Sud du Sahara (CSA), un organisme composé d’une douzaine de personnalités éminentes ayant pour but de définir un agenda de recherche commune enveloppant l’ensemble des sciences naturelles et humaines. Fondé en 1950, il est dirigé jusqu’en 1955 par Edgar Barton Worthington, conseiller scientifique de la High Commission for East Africa et ancien membre de la commission « Africa Survey » dirigée par Lord Hailey au cours des années 1930.

Grâce à l’exploitation des archives personnelles de Worthington, librement consultables à la Bodley Library de l’université d’Oxford, ce projet a pour objectif principal de restituer le rôle décisif du CSA dans l’élaboration d’une nouvelle politique scientifique (inter)coloniale au moment de la « crise des empires ». Trois axes seront particulièrement développés. Le premier examine la genèse et les activités du CSA. Les documents conservés par Worthington permettent de reconstituer précisément les modalités à travers lesquelles la coopération scientifique est pensée et mise en place par les représentants des différentes puissances coloniales, y compris son étroite articulation avec les programmes de modernisation des territoires colonisés. Le deuxième axe s’intéresse aux relations, parfois conflictuelles, entre le CSA et les nombreux acteurs internationaux qui, après la Deuxième Guerre mondiale, investissent ou essaient d’investir le continent africain, à l’instar des organisations onusiennes et des fondations philanthropiques américaines. Enfin, l’étude de la trajectoire professionnelle de Worthington permettra d’interroger les continuités et les ruptures entre la période coloniale et postcoloniale. Son parcours personnel en effet particulièrement représentatif de la porosité entre les sphères impériales, internationales et nationales au moment de la décolonisation ainsi que des multiples reconfigurations qui touchent la production de savoirs scientifiques en et sur l’Afrique.

Le projet adopte une méthodologie innovante, en échos avec les renouvellements récents de l’histoire coloniale et impériale, qui accordent une place de plus en plus importante aux approches « trans-impériales ». L’enjeu est de rompre avec une focalisation axée sur l’étude d’un seul empire ou sur une comparaison statique entre puissances coloniales, pour mettre l’accent sur les circulations, les échanges et les connexions qui se sont tissées entre et par-delà les administrations européennes. Le projet souhaite également mettre en œuvre une approche de « microhistoire globale ». En étudiant la trajectoire individuelle d’un individu – Edgard Barton Worthington – il s’agit d’aller au plus près des mécanismes idéologiques, institutionnels et technologiques qui régulent la « globalisation impériale ». Au final, cette recherche permettra de mettre en lumière le processus d’internationalisation des savoirs coloniaux ainsi que les dynamiques d’interconnexions qui se déploient entre et par-delà les espaces impériaux, amenant de ce fait une contribution originale aux débats actuels autour de l’histoire globale.

Cette recherche débouchera sur la rédaction d’un article scientifique en anglais qui sera publié dans un numéro spécial du Journal of World History.